Sexting chez les jeunes : entre risques et nouvelles responsabilités légales en Suisse

Deux smartphones avec des bras qui sortent de l'écrans pour s'échanger des sous-vêtements

Le sexting s’est progressivement installé dans les pratiques numériques des adolescent·e·s, souvent perçu comme un jeu de séduction sans danger. Pourtant, la diffusion non consentie d’images peut avoir des conséquences graves. Entre évolution de la loi suisse, enjeux de consentement et prévention, cet article fait le point sur un phénomène complexe et largement répandu.

Introduction

L’espace numérique a profondément transformé les modes de communication, y compris en matière de sexualité. De plus en plus de jeunes vivent une partie de leur intimité en ligne, profitant de l’anonymat et du sentiment de sécurité créé par l’écran. Parmi ces nouvelles pratiques, le sexting, ou l’envoi de messages, photos ou vidéos à caractère érotique, s’est progressivement popularisé.

D'abord apparu entre adultes, le sexting s’est immiscé dans les relations des jeunes, dépassant l'envoi de simples messages texte. Les outils comme les appels vidéo (FaceTime) ou les messages vocaux sont également utilisés. Le terme « nude » — préféré par les jeunes au mot « sexto » — est souvent échangé dans le cadre d’une relation consentie et séductrice. Selon l’enquête James 2022, 7 % des jeunes âgé·e·s de 12 à 15 ans ont déjà envoyé des photos à caractère érotique, tandis que 51 % déclarent en avoir reçu. Dans sa ressource ACTE, REPER souligne également que les jeunes se sentent souvent en sécurité lorsqu'ils partagent ces contenus, ce qui contribue à la normalisation du sexting dans leur quotidien.

Un sujet de discussion politique

Dans ce contexte, la responsabilité des jeunes face à ces pratiques a récemment été au centre des discussions, notamment en raison de la révision des lois en Suisse. L’interpellation 13.4266 du Conseil fédéral a été formulée pour aborder le phénomène du sexting et pour appeler à une sensibilisation accrue des jeunes. Cette nouvelle législation vise à protéger les jeunes tout en reconnaissant la complexité de leurs comportements.

Les récentes modifications du droit pénal suisse, comme l’indique le document d’Action Innocence (2024), introduisent une plus grande tolérance envers les jeunes ayant produit des contenus intimes, comme des "nudes", sous certaines conditions. En particulier, ces ajustements législatifs prennent en compte le consentement des personnes impliquées, ainsi que le contexte dans lequel ces images ont été produites. L’objectif est de protéger les jeunes contre une criminalisation excessive tout en assurant la prévention des abus liés à la diffusion non consentie de ces contenus.

Une pratique répandue aux conséquences potentiellement graves

Selon plusieurs études, environ un tiers des adolescent·e·s suisses admettent avoir déjà partagé ou reçu des contenus à caractère sexuel. Bien que le sexting puisse sembler être une forme de flirt ou d’intimité, les conséquences peuvent être dramatiques si les contenus sont diffusés sans consentement. La fuite de ces images peut entraîner du cyberharcèlement, du chantage, voire du revenge porn.

Pour les jeunes victimes, cela peut provoquer une grande détresse, allant de l’isolement social à des troubles psychologiques importants. La question du consentement et du contrôle sur ces images est centrale, mais souvent mal comprise, surtout chez les adolescent·e·s.

Une jeune qui pleure avec derrière un smartphone et divers éléments symboliques suggérant des conséquences négatives

Une modification légale en Suisse

Face à la montée des risques liés au sexting, les autorités suisses ont modifié la législation pour mieux encadrer la responsabilité des jeunes. Jusqu’à récemment, les mineur·e·s pouvaient être poursuivi·e·s sous les mêmes lois que celles régissant la pornographie infantile, même s’ils ou elles avaient partagé des images d’eux·elles-mêmes.

Les nouvelles dispositions légales, adoptées en 2024, apportent une clarification : les jeunes de moins de 18 ans sont responsables s’ils ou elles diffusent ou partagent des contenus explicites sans le consentement des personnes concernées.

De plus, la loi distingue mieux le sexting consensuel des situations de coercition ou d’exploitation. Selon un·e porte-parole du Département fédéral de la justice, "La loi ne vise pas à criminaliser les jeunes pour des actes qu'ils ou elles ne comprennent pas pleinement, mais à les protéger contre les dérives du sexting et à instaurer une prise de conscience des risques."

L'importance de l'éducation et du consentement

L’un des principaux défis réside dans l'éducation des jeunes quant aux dangers du sexting et à l'importance du consentement. De nombreuses campagnes de prévention sont menées dans les écoles suisses pour sensibiliser les adolescent·e·s à la protection de leurs données personnelles et aux risques d’une exposition involontaire de leur vie privée.

Des ressources de prévention ciblent désormais l'utilisation des réseaux sociaux et les comportements en ligne, afin d'aider les jeunes à faire des choix plus responsables et à comprendre que ce qui peut sembler anodin peut avoir des répercussions à long terme.

Un équilibre entre prévention et répression

Les nouvelles lois suisses mettent l'accent sur la prévention. Mais des sanctions existent en cas de diffusion non consentie. Les jeunes impliqué·e·s risquent des amendes ou des travaux d'intérêt général, bien que les autorités privilégient des mesures éducatives pour éviter de criminaliser ces comportements. À cet effet, nous avons développé sur notre plateforme Quizaddict un quiz dédié aux comportements en ligne. De plus notre plateforme DigiHarmo.ch contient un article sur le sujet, ainsi qu'une chanson abordant les principaux points de ce thème.